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  • Tariq Ashraf
  • Quelques bons mots, un peu d'humour (Anglais), beaucoup de Business (Une deuxième religion), des TMT... somme toute, le regard d'un simple Citoyen (Au sens de la Grèce antique) sur notre société.

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 23:00

Les modes se suivent et se ressemblent: depuis peu l'Open Source est revenu à la mode, d'ailleurs toute la ville en parle… ainsi même si l'emblématique Linux a perdu la bataille des systèmes d'exploitation PC, il existe un véritable engouement pour les systèmes ouverts…dans le mobile. Moult projets Open Source se bousculent au portillon, et comme dans un bon vieux remake des années 90 et 2000, il existe une véritable ligne de démarcation entre deux camps irréconciliables:

-          Ceux qui prônent une posture d'ouverture en termes de software mais aussi en termes de contenus mobiles (Via les Mobile Application Stores) comme Google, Symbian, et autres (Feu) Palm

-          Ceux qui sont partisans d'une véritable ligne éditoriale, c'est-à-dire la sélection de certaines contributions au détriment d'autres (Comme le ferait un conservateur pour un musée ou 'Curator'  en anglais)  comme Apple pour ne pas le nommer.

Comme précédemment, les uns, militants de l'Open Source, seraient bons (Good), alors que les autres seraient méchants (Bad) comme l'était Microsoft (Rappelez-vous 'L'Empire du Mal'…) en son temps.

Il s'avère toutefois que l'Open Source (Quasiment érigé comme nouvelle religion par certains)  reste une notion très vague.

Au-delà d'une vision manichéenne, et d'un pseudo-affrontement de valeurs, il reste que ces projets ne sont qu'une partie d'édifices plus larges que sont les écosystèmes mobiles, écosystèmes qui restent l'apanage de sociétés commerciales: ainsi la plupart des projets Open Source Software (OSS) dans le mobile sont plus ou moins… contrôlés par une ou plusieurs entités, et n'ont "d'ouvert" que le nom (Ugly?), l'idée étant de présider aux destinées (Commerciales) de ces écosystèmes grâce à un binôme  Projet Open Source/Mode de Gouvernance.

 

 

Open Source, Plateformes et  OS ouverts... contre Plateformes et OS fermés et contrôlés (De près)... une guerre de puristes a repris, et ce dans le mobile, guerre entre les tenants de l'ouverture (Avec Google comme fer de lance) et ceux (Comme Apple) qui pensent qu'une plateforme doit être contrôlée afin de bien se développer (Affrontement quasi-mythologique…)

L'ouverture… un mot mal compris, et utilisé à toutes les sauces, agité comme un chiffon rouge devant certains (Qui d'ailleurs "démarrent au quart de tour", et en l'espèce, je n'évoque même pas une quelconque tactique politique)… un mot donc, qui recouvre une palette impressionnante de définitions dans le mobile: code Open Source, terminaux ouverts, publication de roadmaps, API ouvertes, ouverture du 'go-to-market', voire pour les plus utopistes, l'ouverture comme synonyme de transparence…

Malgré ce manque de définition claire, l'industrie du mobile est très enthousiaste concernant cette 'ouverture' en général et l'Open Source en particulier: un nombre conséquent d'acteurs de l'industrie du mobile et de consortiums ont embrassé la cause de l'Open Source, que ce soit la Symbian Foundation, la LiMo Foundation, l'Open Handset Alliance Android de Google,  Nokia avec Qt, le tandem Intel et Nokia avec Meego, WebKit, GTK, et autres Funambol.

So what is Open Source?

In fine, la définition la plus pertinente, reste la plus simple, c'est-à-dire celle du monde logiciel…ainsi le software Open Source est défini par quatre droits/libertés fondamentaux permettant:

–         D'accéder au Code Source

–         De le modifier

–         De le distribuer

–         D'y contribuer

Ces droits sont réglementés par des licences qui précisent les modalités d'utilisation de ces libertés (GPL, LGPL, APL, EPL, MPL, BSD & MIT).

L'industrie du mobile se focalise (A juste titre) sur ces licences qui sont à la base de l'Open Source, toutefois les discussions autour de l'Open Source Software (OSS) se détournent du plus important, les licences n'étant que la partie émergée de l'Iceberg…

En effet, si les licences Open Source permettent de contrôler le software et le code source, il reste que le code source et les produits constituent deux éléments bien distincts:

-          Ainsi il est possible d'accéder au code source d'Android, mais quid de la visibilité des dernières contributions?

-          Un membre peut avoir accès au code source de la Symbian Foundation, mais qui décide d'incorporer les contributions et les changements au Symbian OS?

Dans la plupart des cas, il n'y a pas de réponses officielles à ces questions, et quand il y en a une, celle-ci est souvent négative. En termes de projet OSS, il existe ainsi un set de questions à se poser afin d'identifier ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, mais aussi afin d'identifier le mode de fonctionnement de ces projets.

Encore faut-il savoir où chercher: en effet les réponses à ces questions ne se trouvent dans les licences elles-mêmes, mais plutôt dans en petits caractères dans ce qu'on appelle les modes de gouvernance.

On peut assimiler ces modes de gouvernance à l'influence qu'a un acteur (Ou plusieurs acteurs) sur le produit Open Source: il existe d'un coté, des communautés autonomes où des leaders d'opinion influencent la direction en termes de produit (Comme Linux), alors que d'un autre coté il existe des communautés autour d'un seul acteur qui détermine la roadmap produit.

Il convient donc de ne pas regarder les seules licences mais aussi d'étudier les modes de gouvernance associés… ce qui ne constitue pas une mince affaire:

-          Les licences Open Source couvrent le contrôle du code source, celles-ci sont bien diffusées, bien comprises et in fine convergent…

-          Les modes de gouvernance, régissent le contrôle du produit, ils sont propriétaires, peu diffusés et compris et divergent grandement.

L'exemple d'Android, (Qui selon Google est LE système ouvert par excellence) est édifiant: Le mode de gouvernance d'Android consiste en un set élaboré de points de contrôle qui permettent à Google de bundler ses propres services sur les terminaux Android, mais aussi de contrôler très précisément le software et le hardware des-dits terminaux… ce qui n'empêche pas la firme de clamer l'ouverture de sa plateforme Android, ou plutôt du SDK basé sur la licence Apache (Qui est très permissive)

These ARE the Androids you are looking for.

Malgré les Cassandre qui se sont faites entendre lors de l'annonce du lancement d'Android, l'OS de Google a rapidement été adopté par l'industrie mobile… jusqu'à quasiment en devenir une pierre angulaire, avec plus d'opérateurs mobiles et de constructeurs de terminaux qu'on ne peut en compter (A l'exception de Nokia et d'Apple).

En essayant tout de même de quantifier la chose, on peut dénombrer plus de 60 modèles de terminaux, proposés par 21 fabricants OEM (Orignal Equipment Manufacturer) auprès de 59 opérateurs dans 48 pays pour l'année 2010, à comparer à un seul en 2008… un petit exploit compte tenu des habitudes du secteur.

Même si Google insiste sur la nature Open Source d'Android comme principal facteur de succès de son OS, la réalité est différente, le succès d'Android découlant de trois facteurs:

1.        Apple

Aussi étrange que cela puisse paraître, Android doit une partie de son succès à son meilleur ennemi… en effet le succès sans précédent de l'iPhone, accompagné des modalités quasi 'Totalitaires' de la firme de Cupertino (A 'prendre ou à laisser') a amené les opérateurs à chercher des alternatives moins couteuses, leur évitant en premier lieu de devoir débourser une subvention de 300 euros pour le terminal d'Apple.

2.        Opérateurs Mobiles

Les opérateurs se sont tous lancés dans une course à la différentiation, or Android leur propose une plateforme software qui leur permet une différentiation…low cost (A la différence du SavaJe OS destiné au marché de la customisation des terminaux opérateurs).

Pour les opérateurs mobiles Tier-1 qui disposent d'une stratégie software, Android constitue le moyen idéal d'abaisser le cout de delivery des smartphones (Orange Boston en est un exemple).

Ceci constitue la raison pour laquelle les terminaux Android sont souvent proposés par un binôme constructeurs de terminaux/operateur avec des engagements sur des volumes et le paiement des couts NRE (Non-Recurring Engineering: cout fixe et non récurrent lié au développement d’un produit spécifique) par l'opérateur.

3.        Qualcomm

Le fabricant de processeurs mobiles a été l'un des catalyseurs du succès d'Android: les fabricants de terminaux peuvent ainsi utiliser les références de design hardware de Qualcomm, pré-intégrant Android et permettant un go-to-market de 9 à 12 mois (Contre 24 pour la première génération d'Android et 16 pour la deuxième.

De même, Texas Instrument avec sa plateforme OMAP3 (Utilisée par le Motorola Droid), ST-Ericsson et Broadcom proposent des chipsets compatibles 'Out-of-the-Box' avec Android.

En d'autres termes, dans un terminal Android, la majorité du budget OEM est alloué à la différentiation, au contraire de Symbian par exemple, pour lequel le poste le plus important est le Base Porting (L'intégration fonctionnelle et radio du Hardware) et ce du fait des choix historiques de Symbian.

Android permet aux OEM de réduire leurs dépenses R&D (Qui en termes software n'ont que peu porté leurs fruits) afin de mettre toutes leurs forces dans la bataille de la différentiation.

Le catalyseur restant le fameux adage 'You can't beat free', cher (!) à Google, qui permet d'attirer les foules d'OEM, aucune redevance variable en lien avec le volume des terminaux n'étant reversée à la firme de Mountain View.

We're Open. (For Business that is)

Google met en avant l'aspect 'Ouvert' de sa plateforme Android, contre le (Grand) méchant Apple qui lui est fermé…à ce qui ne lui convient pas (Une des difficultés étant d'ailleurs de savoir ce qui convient ou ne convient pas à la firme de Cupertino).

En y regardant de plus près, on peut voir qu'au delà de la licence Apache sur laquelle est basé le SDK Android, la plateforme est incroyablement…fermée.

Google a défini un système de contrôle très élaboré qui lui permet de présider aux destinées des services, du software et du hardware présents sur les terminaux Android:

1.        Accès "premium" au code source

Il existe de multiples codelines qui ne sont disponibles qu'aux OEM choisis par Google et ce avec des accords de NDA (Non-Disclosure Agreement) très stricts, qui font l'objet d'une politique de type 'Need-To-Know' (L'information et l'accès étant divulgués selon les besoins du moment… de Google)

Ces codelines ont environ 6 mois d'avance sur le SDK public d'Android, et constituent un moyen pour les initiés OEM concernés de rester compétitifs par rapport aux profanes autres: Google privilégiant certains partenaires et/ou en pénalisant certains autres.

2.        Processus fermé d'approbation

Toutes les personnes revoyant les applications travaillent pour Google, qui reste la seule autorité susceptible d'accepter ou de rejeter une contribution à la communauté Android. La culture d'entreprise de Google privilégie les initiatives internes au détriment de celles de partenaires externes. Les exemples de contributions rejetées par Google sans raison apparente sont d'ailleurs légion, sur un mode très 'Apple App Store'.

3.        Vitesse d'évolution de la plateforme

Google innove constamment avec 4 releases majeures de son OS en 18 mois, les OEM n'ont pas d'autres choix que de 'coller' à Google afin de proposer les derniers correctifs et fonctionnalités. Ainsi les Nexus OneMotorola Droid, et autres HTC G1 peuvent quasiment être qualifiés de plateforme d'expérimentation pour la firme.

4.        Stack Applicatif incomplet

Il n'est pas possible de fabriquer un terminal avec le seul SDK Public Android: l'intégration radio, les packs opérateurs, ne sont pas fournis… ce qui nécessite de disposer et de maitriser ces éléments.

De même les applications de Google comme Android Market, Gmail et autres Gtalk ne sont pas présentes dans le SDK et font l'objet d'un accord commercial séparé (Et obligatoire).

5.        Communauté contrôlée de développeurs

Android Market est le seul canal de distribution des applications et fait l'objet d'un contrat séparé.

Ce canal reste LE point majeur de contrôle pour Google, son inclusion est obligatoire sur les terminaux mobiles Android (Téléphone mobile), mais n'est pas ouverte aux autres terminaux de type tablette par exemple.

(Le processus de soumission des applications, reste toutefois l'antithèse de celui d'Apple en étant très transparent)

6.        Encadrement des lancements produit

Dans le cadre de l'Open Handset Alliance il est interdit de commercialiser des terminaux qui n'ont pas été testés et approuvés par Google (Tests de conformité). Comme avec l'accès à la codeline premium, Google peut en conséquence contrôler le time-to-market des terminaux Android.

7.        Indisponibilité de la Roadmap Produit

Il n'y a pas de visibilité quand à la véritable roadmap Android,  la seule roadmap publiée par Google a un an de retard (Et s'arrête au premier trimestre…2009)

8.        Encadrement de la Marque Android

La marque Android appartient à Google et la commercialisation d'un terminal Android est soumise à l'approbation du géant de Mountain View (Qui est -fort logiquement- souverain dans le domaine)

…My Way (Or the Highway)

Pour résumer, il s'agit de se conformer aux règles et au bon vouloir de Google… (Seul un China Mobile pouvant se permettre pour le moment de tracer sa propre route).

Google va d'ailleurs jusqu'à imposer aux OEM de passer sous ses Fourches Caudines: seuls les terminaux passant les tests de conformité (Compliance) Google (Très rigoureux et nécessitant de se conformer à des standards précis) appelés aussi CTS (Compatibility Test Suite)  peuvent arborer la marque… ou surtout être commercialisés.

Ces CTS sont très poussés et couvrent un périmètre très large: tests de performance, caractéristiques Hardware, design terminal, caractéristiques de l'interface utilisateur et services bundlés. Il est ainsi possible d'ajouter des services, mais en aucun cas d'en enlever ou de modifier ceux existants (Ainsi il ne peut y avoir de Feature Phones Android, marché de plusieurs dizaines de millions de terminaux par an)

Ne parlons même pas de l'OHA (Open Handset Alliance) qui constitue un club VIP (Sur invitation) sans en voir les avantages, les points évoqués précédemment s'appliquant sans distinction aux membres et aux non-membres.

Pour résumer, le géant de Mountain View concilie le meilleur des deux mondes: l'Open Source afin de créer un intérêt pour sa plateforme, (Par le biais de la participation de la communauté des développeurs) et un mode commercial très strict afin de contrôler la dite-plateforme.

La plateforme Mobile de Google constitue la mise en œuvre la plus élaborée de l'Open Source à des fins commerciales.

BC or AD?

Bien sur les choses ne sont pas aussi simples, il convient ainsi d'analyser l'OSS à l'aune des deux types d'écosystèmes mobiles, (Evoqués dans l'article Hands on Palm et dans la présentation associée), l'écosystème 'Avant Lancement" (Pre-Load) et un autre 'Après Lancement' (Post-Load):

 

1.        Ecosystème Pre-Load

Comprend les OEM, les opérateurs et leurs centaines de fournisseurs software (Editeurs et Intégrateurs). Ceux-ci s'occupent de mettre sur le marché, de promouvoir et de prendre en charge les terminaux.

 

2.        Ecosystème Post-Load

Comprend les développeurs software qui peuvent utiliser le code source et le SDK afin de proposer des applications et/ou des services disponibles après la commercialisation du terminal.

 

Le point de démarcation entre les deux écosystèmes (Et donc entre deux mondes foncièrement différents) est le Loading Point, qui constitue le moment où l'image software du terminal est figée (ROM-Flashed).

Les deux écosystèmes sont vitaux pour le succès d'une plateforme, ainsi dans une boucle software assez classique, une bonne plateforme permet de générer plus d'applications, qui en retour permettent de générer des ventes plus importantes de la-dite plateforme.

Ainsi selon l'écosystème considéré, une plateforme est plus ou moins fermée:

-          Apple avec son iPhone est complètement fermé en Pre-Load et fermé (Mais sous pression) pour le Post-Load.

-          Android est fermé en ce qui concerne l'écosystème Pre-Load alors que son écosystème Post-Load, est l'un des plus, sinon le plus ouvert: de fait, il n'existe pas d'autre plateforme aussi asymétrique en termes d'écosystème.

Dans le cas de l'industrie du mobile, la plateforme est dépendante de l'OEM et ce de manière assez critique: ce sont bien les OEM qui décident des plateformes desquelles dépendront leurs terminaux… dans un monde OSS Parfait, les OEM seraient acteurs ou au pire contributeurs, ce qui n'est pas le cas à date quelque soit la plateforme considérée.

 

The Bottomline

En fin de compte, il ne faut pas oublier qu'Android reste la mise en œuvre d'un projet Open Source à des fins commerciales comme peuvent l'être Symbian Mobile, ou LiMo… la plateforme constituant à ce jour, la meilleure mise en œuvre de ce type de projet.

Ainsi, Android et Google, ne sont ni pas plus ouverts (Ou moins fermés) que Symbian, Apple iOS, WebOS ou LiMo (Linux Mobile): la notion de plateforme ouverte/fermée restant toute relative, et malgré la rhétorique des tenants de l'Open Source en général et de Google en particulier, Ouvert n'est pas synonyme du bien (Good) et fermé synonyme de Mal (Bad ou Evil).

Somme toute, le discriminant n'est non pas le caractère Open Source d'une plateforme mais bien le niveau de contrôle de celle-ci ainsi que la manière de présider à ses destinées, c'est-à-dire le mode de gouvernance.

 

"I'm Bad Ash. And you're Good Ash. You're goody little two shoes, you're goody little two shoes, goody little two shoes…

<Shotgun>

 

Good. Bad. I'm the Guy with the Gun."

 

@TariqAshraf

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Published by Tariq Ashraf - dans Mobile
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